○_ Dôme Haçienda / 2011+

Actes et images autour des notions d’ « ingéniérie culturelle » et d’environnement artificiel total au travers de l’objet « discothèque ».

Le Dôme-Haçienda est une reprise Do It Yourself  d’un « Dôme » de Buckminster Fuller revêtu d’une identité graphique empruntée à la Haçienda/Factory Records de Manchester.
Investigations sur la production des subjectivités vue au travers le prisme des esthétiques pop, des pratiques contre-culturelles et leurs inclusions dans les industries culturelles, les soirées qui se déroulent au Dôme-Haçienda sont des invocations des esprits de participation et des esprits de sécéssion et visent – à titre d’essais – la fusion de la dance et de la théorie.

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« Comme pour contrer inconsciemment sur son propre terrain le mouvement de contestation des années 1960, porteur d’une éthique de l’irréalité, la société américaine a recyclé ce désir de dérèglement absolu des sens mais elle lui a donné une valeur hygiénique et sociale : le divertissement. Avec un indiscutable talent de récupération, elle a conservé d’un coté l’idée d’une critique de la banalité quotidienne, mais en lui fournissant de l’autre la forme d’un simple recours à la fantaisie collective limitée à un espace et à un temps donnés, le parc d’attractions, l’hotel thématique, etc. L’utopique s’est dégradé en virtuel. Là où l’absorption de substances hallucinogènes exprimait un déni de la réalité ambiante et donc possédait, même dans son destin parfois tragique, une potentialité critique, l’expérience de Las Végas a réduit la déformation du réel à un simple jeu qui, loin d’apporter une objection à l’ordre social, en révèle la capacité de produire à une échelle industrielle rêve, fantasmes et vie imaginaire.

Désormais, toute l’Amérique se shoote sans crainte ni remords au fun, s’injecte allègrement dans les veines de grandes rasades d’attractions visuelles avec des seringues stérilisées qui ont la forme de lunettes spéciales pour voir en trois dimensions ou d’écouteurs stéréophoniques pour entrer en contact multisensoriel avec les baleines blanches. L’expérience des limites dans les limites de l’expérience, voilà la combinaison subtile concoctée par l’industrie du spectacle. Un délire de formes et de sensations, mais strictement conçu et contrôlé. Les ingénieurs et les producteurs des firmes qui composent les spectacles laser ou digitaux ont très vite compris que les « portes de la perception » s’ouvrent bien plus largement sur des Montagnes Russes, à trois cent cinquante mètres du sol, bombardées de hard-rock et d’effets pyrotechniques à couper le souffle, qu’avec un simple prise de mescaline ou de LSD.

Petit à petit, la techno-démocratie végasienne du fun a mis au point sa drogue dure mais inoffensive, qui, agissant directement sur les nerfs par stimulation électro-visuelle, panse les blessures sociales de manière plus profonde que n’importe quel autre stupéfiant. Les nouveaux parcs d’attraction comme les hôtels-casinos ont modifié la quête de la génération du flower-power d’une extase corporelle qui sort de l’ordinaire, d’une ouverture communautaire à une nouvelle sorte d’expérience holiste, d’un moment unique qui donnera un sens au reste de notre vie, en une dérive électrique qui doit conduire le spectateur à une forme irréversible de choc sensoriel. » Bruce Bégout, Urbanité psychotrope, in Zéropolis, Paris Allia, 2010

Suites d’environnements intermédia*

Ces soirées sont des mix de cultures pop, activistes et savantes. Elles se déroulent dans un univers de discothèque Do it Yourself composé de jeux de lumières colorées, de mix Dj, de diffusions de clips musicaux et de sources documentaires.

*intermédia : concept utilisé dans les années 60 par Dick Higgins et dans les mouvances de fluxus et du cinéma élargi pour décrire ce qui advient des activités artistiques face au développement d’une société médiatique. L’accent étant porté sur ce qui se produit entre les médiums, une approche intermedia conduit à penser l’effacement des disciplines et des concepts formant la séparation entre performance et audience.

Pour son actuelle installation dans une salle voutée d’une ancienne caserne requalifiée en « pôle culturel », le dôme est associé à divers codes et technologies du spectacle et de la culture club.  Le « Dôme » de Buckminster Fuller, est ici revêtu d’une identité graphique empruntée à la Haçienda/Factory Records de Manchester. Société de production iconique des années 80 dans les champs du design et de la culture club, site majeur d’incubation du post-punk et de l’acid-house en europe, Factory Records a abondamment pratiqué l’appropriation, empruntant au pop art, aux situationnistes et à l’esthétique industrielle.

Gimme Shelter. Welcome to the pleasure Dôme. This is not a Love Song. In girum imus nocte et consumimur igni.

Le Dôme est un objet architectural « trouvé » en 2001 dans une revue d’auto-construction de 1973. Architecture ready-made à fabriquer et monter soi-même, le dôme participe à construire et révéler des situations. Son caractère iconique laisse émerger un imaginaire et un questionnement sur le contexte, la technique et l’histoire. Cette version « Dôme Haçienda » étend la dialectique de l’écologie radicale et de la communication corporate précédemment abordée dans le Dôme Art-Industrie (2001-2004) vers un questionnement sur les entreprises culturelles.

Le Dôme Haçienda sert d’abri à des expériences paradoxales. Micro-monde-laboratoire, cellule auto-investigatrice, boite de Petri auto-affectée, réalité immergée et partie prenante des problématiques de la société ouverte et de la place centrale qu’y occupent les « ingéniéries culturelles », cette discothèque-critique complète depuis 2011 l’étude de l’alvéole zéro.

La voix de son Maître (2013)

Nuits Queer (2014)

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