○_ dôme art-industrie / 2001-2004; 2011+

Construction géodésique déployant son espace spécifique jusqu’à la limite de l’espace disponible d’un lieu-hôte. Installation inter-média, collage in situ, et investigations en actes sur les relations entre les notions d’art, de culture et d’industrie.

Le Dôme art-industrie a initialement été conçut dans le contexte d’une friche artistique industrialo-portuaire du Havre en 2002.

Ce projet a été re-activé en 2011 dans le cadre d’une autre réflexion in situ sur les « ingéniéries culturelles » pour être reconstruit dans un alvéole d’une friche militaire recyclée en pôle de création par la municipalité du Havre (Alvéole Zéro).

Depuis 2013, une nouvelle incarnation du projet, le Dôme Haçienda, revisite le clubbing à travers une programmation sous-terraine d’installations inter-média et de soirées techno, industrielles, queer et post-punk.

Le Dôme abrite aussi aujourd’hui un hacker-space hebdomadaire d’appropriation des technologies des lumières et du spectacle (Atelier Lumière Interaction Machine).


Premier site : dôme art-industrie, un dôme de Fuller DiY dans la zone industrielle du Havre (2001-2004)

Version Do It Yourself d’un dôme géodésique, installé en 2002 au fond d’un puits de lumière dans un bâtiment en friche de la Compagnie Générale Maritime sur la zone portuaire du Havre.

Le dôme est une reprise de troisième génération du système géodésique de Buckminster Fuller (1895-1983) dont les plans se sont largement diffusés dans les milieux alternatifs à partir de la fin des années soixantes. La méthode de construction fut trouvée dans une brochure française militant pour l’ « auto-construction ».

Spécial Wroutch auto-construction 1973Affiche sérigraphiée de présentation du projet, 2002Mind map du projet, tirage numérique, 2002

Cet acte de reprise du dôme de Buckminster Fuller s’est accompagné de l’étude de divers axes :

– Une étude de site, soit une friche artistique et les relations conflictuelles d’une  association d’artistes et d’un centre d’art dans une friche industrielle du port du Havre .

– Un bricolage constructif  démonstratif servant de base de négociation avec les diverses parties prenantes du lieu.

– Une installation mettant en scène les contradictions du phénomène des friches artistiques et du développement durable dans les sociétés « post-industrielles »; L’articulation d’un financement industriel de proximité et d’un symbole de l’autonomie et de la critique radicale.

– Une étude de la communication corporate de vingt industries du Havre, commanditaires d’une exposition d’artistes.


Réseaux géodesiques : Buckminster Fuller, techno-utopisme, néo-avant-gardes, acide, Do It Yourself et internet.

Avec cette bulle, devenue en 1967 l’iconique Pavillon Américain de l’exposition universelle de Montréal, Buckminster Fuller avait cherché un système constructif économe en ressources, capable de couvrir sans supports intermédiaires le plus grand espace possible avec le moins de matière possible.

Si les travaux de Buckminster Fuller n’ont pas convaincu les tenants de l’architecture moderne, ils étaient pourtant publiés dans de prestigieuses revues du style international. Laissant une impression diffuse entre les registres des sciences de l’ingénieur et de la science-fiction, ces planches résistent d’abord à la catégorisation, ce qui reflète assez bien la place ambivalente de Fuller dans le modernisme architectural en voie d’académisation. A feuilleter rapidement les revues des années 50-60, le futurisme de l’ingénieur colle assez bien au ton d’ensemble car la question de l’architecture s’y pose avant tout dans les termes de l’industrialisation. Pourtant sa singularité développe aussi une résonance particulière avec les œuvres d’art qui parsèment ça et là les perspectives. D’abord ces bulles partagent en effet comme un air de famille avec certaines formes organiques de la statuaire publique moderne. Mais ce rapprochement d’avec le régime des formes libres qui agrémentent les bâtiments du style international se réalise peut-être davantage dans le caractère d’exception utopique que l’art moderne se propose de diffuser dans la vie quotidienne de la société industrielle et bureaucratique. Face au régime austère qui les environne, ces dômes de l’espace peuvent passer pour une concession que ferait l’autorité au supplément d’âme, à la fantaisie de l’acte gratuit, à l’ouverture du possible nécessaire au mythe progressiste. C’est ainsi que d’une façon rigoureusement circonscrite, ces bulles et autres formes molles viennent remplir leur fonction communicante, leur fonction de supplément d’âme dans une mise en scène (et en page) moderne affichant par ailleurs son strict productivisme. Le tout forme système : ce qui a l’apparence ronde, ou l’esprit free-style donne le contrepoint au calcul linéaire.

Les dômes de Buckminster Fuller font partie des accessoires marquants de la modernité, et ils trouvèrent leur place dans les courants avant-gardistes aussi bien que mainstream. Dans la post-modernité, ils bourgeonnent encore ça et là, couvre-chef d’une boite de nuit, attraction ou serre-laboratoire. Ces sphères participent d’une phantasmagorie technologique qui continue de dominer les mondes contemporains. La pensée de Fuller s’inscrit désormais dans l’histoire nébuleuse de la cybernétique. A travers ses modèles se retrouvent préfigurés les thèmes aujourd’hui omniprésents de la mise en réseau et d’une vision globale sur les ressources terrestres. Les charges symboliques qui s’y sont sédimentées reflètent aussi bien l’idéologie du progrès que l’esprit d’anti-système et l’avertissement de Dwight D. Eisenhower sur les dangers du complexe-militaro-industriel.

Buckminster Fuller mena durant l’été 1949 un atelier sur les géodésiques au Black Mountain College. Dans la légende dorée du redéploiement des avant-gardes après la seconde guerre mondiale, le Black Mountain College est un point de confluence fabuleux d’artistes aujourd’hui canonisés. Parmi les autres enseignants se trouvaient le compositeur John Cage, le chorégraphe Merce Cunningham et les anciens professeurs du Bauhaus, Josef et Anni Albers. Si l’expérimentation du dôme géodésique se termina cet été là par un échec, quelques documents photographiques de l’atelier de Fuller au Black Mountain College montrent un groupe épars s’égayant autour de la fameuse trame triangulée déployée sur fond de pelouse. Aux yeux du croyant d’aujourd’hui qui n’aurait pas cédé au cynisme et au désenchantement, cette vision d’Arcadie révèle une avant-garde heureuse, toute auréolée d’un état d’esprit ouvert, transversal et collaboratif, d’une attitude cool et généreuse, toute empreinte du désir de créer un monde meilleur et d’une vision optimiste de fusion de la science et de l’art.  De ce creuset euro-américain de l’art d’avant-garde émergeront les néo-avant-gardes des années 60 et en particulier les approches « intermédia » (happening, performance et installations) pour lesquelles l’avènement d’une société de l’information en appellait au décloisonnement des disciplines, à la dissolution des frontières de l’art et de la vie, et à la fin de la personnalité autoritaire.  L’une de ces approches fut celle de l’Experiments in Art and Technology. Dans ses déclarations de 1966 – soit quatre ans après la crise des fusées à Cuba et deux ans après la sortie de Dr Folamour (Dr Strangelove or how I learned to Stop Worrying and love the Bomb) – cette initiative collective de deux ingénieurs et un artiste (Billy Klüver des laboratoires Bell, Fred Waldhauer et Robert Rauschenberg) insistait sur l’urgence de l’établissement d’un dialogue entre art et technologie.

Buckminster Fuller finit par breveter son système au début des années 50. Facile d’appropriation, cette ingéniérie avant-gardiste fascina tout autant les courants militants de l’écologie radicale et de la contre-culture, devenant même l’icône des communes Hippies et de la ville auto-construite (« Drop-cities« ). La philosophie de l’auteur de Operating Spaceship Earth ouvre l’éditorial de Stewart Brand du Whole Earth Catalogue de 1968, un catalogue par correspondance de technologie Do It Yourself, dans un chapitre intitulé Understanding Whole Systems. Le catalogue diffusa par la suite régulièrement des plans de construction de dômes géodésiques. Le fondateur du catalogue, Stewart Brand, est dans ces années là une figure de la contre-culture et avait participé aux cotés d’USCO, un groupe d’expanded cinéma californien, ainsi qu’aux premiers acid-tests accompagnés de lights-shows de Ken Kesey et des Merry Pranksters.

Selon ses propres dires c’est à la suite d’un trip acide que Stewart Brand réclama durant 2 ans à partir de 1966 la diffusion publique des clichés de la NASA. Pour de nombreux observateurs de l’époque dont Buckminster Fuller, les premières vues photographiques de la terre prises de l’espace symbolisaient la prise de conscience de l’humanité face à la finitude de son environnement et face à sa propre capacité technologique. La technologie spatiale aurait finalement offert aux terriens une vision globale du « système » qu’ils habitaient. Ce bouclage de l’horizon les condamnaient à l’amour ou à l’annihilation. L’acte même de réclamer puis de s’approprier une image de la terre produite par le « complexe militaro-industriel » met donc en scène le paradoxe ou les contradictions de cette responsabilité infinie de l’humanité et le scandale de l’accès inégal à la technologie pour des risques pourtant partagés au sein d’un système fini de ressources. En utilisant les clichés de la terre vue de l’espace en première de couverture, le Whole Earth Catalogue de 1968 donnait comme mission à l’ensemble des terriens de prendre en charge par eux-même le « bidouillage » de leur propre planète, le moyen étant l’accès aux outils (access to tools). Le vecteur peut paraître aujourd’hui dérisoire mais le Whole Earth Catalogue, qui était moins un catalogue par correspondance façon Les 3 Suisses qu’un forum de discussion ou une liste de diffusion avant l’heure, propose bien une méthode concrète de partage des connaissances technologiques et de mise en réseau de communautés alternatives. En rendant explicite et concrète cette fonction de distribution synchronisée et décentralisée des intelligences, le Whole Earth Catalogue peut faire figure de précurseur des utopies de l’accès libre qui accompagneront le développement de l’internet. C’est du moins ainsi qu’il participe du mythe moderne de la naissance de l’ordinateur personnel.

A la fin des années 60 et au cours des années 70, les méthodes de calcul simplifiées pour construire des modèles géodésiques se multiplièrent, des réseaux alternatifs jusqu’aux revues de bricolage. Au début des années 80 le dôme géodésique fit son entrée dans les parcs à thèmes : un « Spaceship Earth » fut construit au cœur d’ EPCOT, attraction de Disney World à Orlando qui se présentait comme un Prototype expérimental d’une communauté du futur. Et en 1985 s’ouvrait la Géode, salle de cinéma OMNIMAX sur le site de la future cité des sciences et de l’industrie dans le parc de La Villette à Paris.

Les dômes de Buckminster Fuller sont iconiques, depuis les années 60, des relations entre art d’avant-garde, technologie, bricolage et écologie radicale. La commune hippie de Drop city les rendit populaires, ils sont depuis devenus des symboles de la culture « Maker » et des utopies numériques. On les voit souvent utilisés dans des dispositifs audio-visuels immersifs. L’installation de l’Atelier lumière interaction machine dans ce dôme depuis 2014 évoque ce rapport aux images et à l’histoire. Si l’on en croit ce décor, A.L.I.M. est le tournage d’un film de science-fiction rétro-futuriste.


 

Quelques liens :

Une timeline (XIXe -> 1974, to be continued) sur la notion d’environnement media : A.L.I.M. 22, Timeline media surround

The democratic surround : a conversation between Fred Turner and Clay Shirky

From organisation to Network : MIT’s Center for Advanced Visual Studies, Melissa Ragain

L’idéologie Californienne, Richard Barbrook, Andy Cameron (trad. Pierre Blouin)


 

Les plans tirés du Spécial Wroutch de 1972-73 :

Autoconstruction-Spécial-Vroutch-1972---page11-(calculs) Autoconstruction-Spécial-Vroutch-1972---page13-(comment-construire-un-dôme) Autoconstruction-Spécial-Vroutch-1972---page14-(Nœuds)Autoconstruction-Spécial-Vroutch-1972---page2-(prenons-possession-de-la-technique)


Slides extraites du diaporama dôme art-industrie 2002

En 2002, lors de l’inauguration du dôme, un « programme audio-visuel en fondu-enchainé » fut présenté au public. Les projecteurs diapositives à carrousels utilisés dans cette installation, machines déjà obsolètes, furent récupérés auprès des services de communication des entreprises partenaires et sur le marché de l’occasion. Cette communication visuelle était « fictive » dans le sens où elle ne délivrait au public aucune clarté de « message » mais seulement des indices susceptibles d’entrer en résonnance avec le contexte de production du Dôme.

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